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L’isolation thermique au Japon : survivre l’hiver

Sommaire

On parle de vieux bâtiments au Japon, mais on ne parle pas assez de ce que ça implique : un manque d’isolation sonore… et peut-être surtout thermique. Et oui, le Japon et ses quatre belles saisons dont on vante si souvent incluent bel et bien l’hiver et pourtant, c’est non seulement mal chauffé, mais c’est aussi traditionnellement mal isolé.

Explications.

Les standards d’isolation thermique au Japon

Ca ne sert à rien de chauffer puisque les bâtiments sont des passoires thermiques, la chaleur n’est jamais contenue pendant très longtemps. Le froid pénètre sans effort puisque les murs sont souvent fins comme une table à manger… et c’est sans compter les petits trous qui laissent l’air passer.

Pourquoi c’est si mal isolé au Japon ?

Les normes anti-sismiques ont beaucoup évolué au fil des années au Japon, mais les normes d’isolation thermique ont mis beaucoup de temps à rattraper les standards que l’on connaît en Europe. Double-vitrage, épaisseur de l’isolation sur les murs, sous le toit… tout ça est assez récent au Japon, et les régulations sont au mieux timides pour les imposer.

Le Japon a été très mauvais élève pendant des décennies à ce sujet : la majorité des bâtiments existants n’ont pas été conçus avec toutes ces normes. Si même certains bâtiments modernes n’ont pas de double-vitrage, tu imagines bien que les akiya sont des passoires thermiques.

Anecdote pas très drôle : En janvier 2023, je me souviens m’être réveillé le matin le plus froid de l’année vers 5h30 du matin, il faisait -15°C à l’extérieur, et le thermomètre sur le bureau du coin de ma chambre affichait -10°C.

On notera quand même que dans le nord du Japon, notamment dans les régions de Hokkaido et Tôhoku, les bâtiments sont généralement mieux conçus pour résister au froid puisqu’il y fait très froid.

Le pays essaie malgré tout de faire des efforts dans le bon sens en attribuant des bourses et des aides lorsque les nouvelles constructions sont plus efficaces voire « neutre en carbone » (ZEH, ou « Zero Energy Home« ).

Ce n’est peut-être pas suffisant puisque les constructeurs indépendants ou plus petits ne respectent souvent que le strict minimum pour des raisons évidemment budgétaires, les aides ne couvrant qu’une partie des travaux, il faut quand même payer de sa propre poche…

Le manque de murs dans les maisons traditionnelles

Non seulement on n’a pas de double-vitrage, mais en plus ce sont des fenêtres, des portes et portes-fenêtres toutes coulissantes : et qui dit coulissantes dit petites fentes entre chaque porte, et ça aussi, ça laisse passer l’air. Même la porte d’entrée est coulissante !

Une fenêtre coulissante (simple vitrage) comme on en trouve partout au Japon.

Le chauffage ne fonctionne donc pas de manière optimale puisque passoire thermique oblige, la chaleur s’en va d’aussitôt. Le froid quant à lui ne s’arrête pas et les maisons refroidissent extrêmement vite.

Passoire thermique = passoire énergétique !

Les murs que j’ai chez moi sont très fins, tellement fins que je ne peux pas y installer des étagères (c’est l’expérience qui parle : une étagère est tombée sur mon bureau quelques mois après), et à la place de murs, on retrouve les stéréotypes japonais des portes en papier.

Oui, oui. J’ai bien dit en papier. Ca laisse passer la lumière ! Et le froid surtout.

Les fameux murs en papier

On appelle ça des shouji (障子, des portes coulissantes en bois et en papier) et des fusuma (襖, des portes coulissantes en bois et en papier mais un peu plus épaisses, qui ne laissent pas passer la lumière). Pas du tout jojo en termes d’isolation, d’autant plus que selon les degrés de maintenance, le bois a tendance à se déformer un tout petit peu, alors les portes ne ferment plus comme avant, laissant des fentes plus ou moins grosses…

Pourquoi on utilise des murs en papier ?

C’est pas cher ? Non ! C’est même cher de faire rénover ses shouji parce que l’artisanat se meurt, et c’est compliqué de faire ça soi-même pas parce que c’est difficile de coller du papier (et encore, je suis nul pour ça), mais c’est parce que c’est du papier très fin et ça demande de la préparation en amont (décoller le papier dans un premier temps, par exemple) et de la place !

La raison est bien plus simple : ici, les maisons sont conçues pour être aérées étant donné le problème d’humidité au Japon, surtout en été où on atteint 95%+ d’humidité tous les jours, notamment pendant les périodes de pluie. C’est donc pour réduire la chaleur étouffante de l’été et d’autre part, les problèmes de moisissure, car avec cette humidité, la moisissure est à tous les rendez-vous.

Le problème c’est qu’en hiver… c’est beaucoup moins drôle.

Bonus : pour les gens de grande taille, les shouji et les fusuma se limitent traditionnellement à 1m70. Je me cogne la tête au moins deux fois par semaine. Et le papier du shouji, ça se troue vraiment très facilement…

Un shouji troué avec un doigt. Oups. Est-ce que ça m’est déjà arrivé ? Bien sûr que oui…

N’y a-t-il pas des aides pour les rénovations ?

Oui, elles existent mais elles dépendent de la préfecture dans laquelle on réside : ce n’est pas standardisé au niveau national.

Par exemple, à Tokyo, on subventionne jusqu’à 80% des rénovations lorsqu’il s’agit de rendre sa maison plus verte. Les critères sont évidemment stricts, et pas de chance, certaines préfectures sont bien moins généreuses que Tokyo, bien qu’on retrouve des aides communes à la plupart des régions, comme l’aide à l’installation de fenêtres double-vitrées qui est subventionnée à hauteur de 50% (dont j’ai bénéficié en 2023).

Mais les fenêtres, ça coûte cher, et il faut quand même payer 50% de sa propre poche : ce n’est pas à la portée de tout le monde, comme tous les autres travaux d’isolation, d’autant plus que les vieilles maisons ont tendance à avoir BEAUCOUP de fenêtres ici (les fameux « rouka » (廊下), des couloirs autour de la maison avec de grandes portes fenêtres).

Exemple de rouka avec sur la gauche, des shouji, et sur la droite, les fameuses portes-fenêtres coulissantes.

Résultat : système D pour tous.

Comment les gens font-ils pour isoler leur maison au Japon ?

On compte en moyenne un millier de morts par an au Japon à cause du froid (source : NHK), un chiffre qui augmente d’année en année. Les coûts montants de l’énergie n’aident pas à rester au chaud puisque nombreux sont ceux qui choisissent de couper l’électricité et mettre un pull en plus, un plaid, une couverture.

A titre d’information : ma facture d’électricité s’élève à ~35€/mois en été et plus de 200€/mois pendant les mois les plus froids d’hiver. J’habite dans un akiya pas entièrement rénové de 65m² (à peu près), avec du double-vitrage installé un an après l’emménagement mais pas partout parce que c’est cher, mais aucune isolation ni sur les murs, ni sous le toit, ni sous le plancher parce que c’est cher, et qu’on n’avait pas le temps d’emménager avec des gros travaux.

Pour beaucoup de gens (moi inclus) qui souhaitent faire des économies, il s’agit du fameux Système D ; on fait avec les moyens de bord parce que les maisons n’ont pas été conçues pour être isolées de toute manière, et ça coûte trop cher de rénover et colmater tous les trous de la maison.

Certains courageux (pas moi) vont quand même casser des murs, installer des couches épaisses d’isolants thermiques sous les toits, remplir le vide sous le plancher, mais pour beaucoup, le système D au Japon ressemble à ça :

Une plaque de pladan collée sur une porte d’entrée pour empêcher les courants d’air de passer.

Ca s’appelle du « pladan » (プラダン) car c’est comme une feuille de plastique épaisse et ondulée comme du carton (« pla(stic)dan(booru)« , « danbooru » pour carton), et on s’en sert comme une couche hermétique supplémentaire pour empêcher le froid de rentrer mais aussi la chaleur de sortir. Les ondulations sont remplies d’air, et l’air est un excellent isolant… bon, tout est relatif lorsque l’épaisseur ne dépasse pas le centimètre.

On colle donc du pladan partout où on peut, sur les shouji, sur la porte d’entrée, sur les fenêtres…

Pourquoi les gens ne font simplement pas isoler leur maison ?

Si on a une somme d’argent conséquente, on préfère généralement faire démolir et reconstruire aux normes anti-sismiques actuelles. La différence de prix n’est pas énorme, en tout cas, assez petite pour se poser la question. Ce n’est pas très écolo, mais il faut dire que beaucoup de maisons sont construites dans l’idée d’être démolies 30-40 ans plus tard, notamment à cause desdites normes anti-sismiques qui évoluent, mais les maisons ici ne sont pas un investissement.

C’est donc du « gâchis » de surinvestir dans une maison, l’isoler correctement alors qu’on va devoir la démolir dans quelques années. Certains verraient ça comme un calcul fallacieux puisque pour donner l’exemple des maisons dans mon quartier, grand nombre d’entre elles ont été construites il y a plus de 50 ans ; celle dans laquelle j’habite a été construite dans les années 70 et tient encore debout.

Pourtant, un grand nombre d’entre elles n’ont pas été démolies, puisque ça coûte aussi cher de démolir, et ça coûte encore plus cher de reconstruire finalement, surtout pour des personnes vieillissantes pour qui les enfants sont partis en ville, il n’y a pas d’intérêt de reconstruire. A l’époque il y avait certes bien moins d’option pour l’isolation thermique, mais les moeurs commencent à peine à changer.

Les gens se retrouvent donc à vivre dans leur maison construite dans leur jeunesse, voire héritée de leurs parents, jusqu’à la fin de leur vie sans trouver de repreneur. C’est comme ça que les akiya apparaissent de plus en plus souvent, dans un pays à la natalité faible et une population vieillissante.

Pour mieux vivre, vivons couverts

A défaut de pouvoir ajouter du pladan à tout va, on se couvre lourdement avec des vêtements en tout genre : hanten, haramaki, collants, bonnets de nuit, slips en plus… tout va pour se tenir au chaud, et c’est clairement plus facile de se couvrir que de rénover sa maison.

Quant à moi, je n’ai qu’une hâte, c’est de faire construire une maison aux normes actuelles… voire mieux, mais le temps n’est malheureusement pas encore arrivé.

Pardon ? C’est quoi un hanten et un haramaki ? Je vous laisse découvrir ça un autre jour !

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