Guide pratique - akiya.fr

Pourquoi y a-t-il autant de maisons abandonnées au Japon ?

Sommaire

C’est mathématique : il existe plus de résidences au Japon qu’il n’y a de foyers, mais paradoxalement, devenir propriétaire est difficile. Alors pourquoi les gens ne vont pas récupérer ces maisons abandonnées, disponibles à bas prix (voire gratuitement) ?

L’une des raisons principales derrière ce chiffre, c’est que les populations ont tendance à s’entasser dans des immeubles plutôt que des maisons individuelles. Comme dans beaucoup de pays à travers le monde, les centres économiques attirent le plus de population, et le prix des terrains n’est pas accessible pour le foyer moyen. On finit souvent locataire, ou propriétaire d’un appartement au mieux. 

La population baisse à travers le pays, mais les grandes villes comme Tokyo sont encore les seules à voir leurs nombres d’habitants augmenter. 

S’éloigner des centres économiques, c’est se priver d’opportunités pour sa carrière, pour sa famille, mais aussi d’activités et de loisirs ; si l’on compte autant de maisons abandonnées, l’impact que ces départs ont eu sur les commerces locaux est d’autant plus grand.

Il est clair que les régions plus rurales souffrent plus du problème que les villes, beaucoup plus attrayantes. Bien que l’immobilier soit considéré comme un mauvais investissement au Japon, la valeur baissera au pire moins vite en ville, et au mieux prendra de la valeur.

Ca explique un peu plus facilement ce pour quoi les maisons ont tendance à être abandonnées.

Les causes principales des abandons

Les akiyas poussent comme des champignons, et ce n’est pas par hasard. Les raisons pour lesquelles on laisse une maison à l’abandon sont très nombreuses, mais en voici quelques unes :

  • Déménagement : les jeunes vont vers les villes pour étudier et chercher du travail ;
  • Souvenir : beaucoup ne veulent pas toucher à la maison dans laquelle ils ont grandi ;
  • Zone à risque : les catastrophes naturelles sont nombreuses au Japon, et il est naturel de vouloir éviter une zone inondable ou séïsmique ;
  • Désirabilité : la maison peut se situer dans un endroit indésirable, au milieu des champs, d’une montagne, ou peut-être près d’une usine, d’un dépotoir…
  • Coût : la démolition d’un akiya coûte au moins 1 million de yens (entre 6000 et 8000€ selon le taux de change) ;
  • Refus d’héritage : parce que l’entretien a un prix (taxes notamment), certains préfèrent refuser l’héritage ;
  • Faible natalité : la population japonaise est en baisse depuis 2008 ;
  • Décès : malheureusement, beaucoup meurent seuls et laissent derrière eux une maison vacante que les municipalités ne peuvent pas toucher à cause des coûts engendrés par la démolition.

Comme tu peux le constater, les raisons sont diverses et variées, mais le résultat reste le même : il y a un parc immobilier laissé à l’abandon complet au Japon.

Les deux derniers points sont bien maussades, mais c’est une réalité à laquelle beaucoup de communes doivent se confronter : une baisse de la population continue.

Dans la ville dans laquelle j’habite par exemple, on est à -37% d’habitants en un quart de siècle. La rubrique « démographie » du mensuel de la ville annonce toujours 6 à 15x plus de départs et décès que d’arrivées et de naissances.

Mais pourquoi la situation ne s’améliore pas au fil des années ?

Et bien c’est simple, pour chacune des raisons listées au-dessus, il y a un problème, et sans résoudre ces problèmes, il y aura toujours de plus en plus de maisons abandonnées…

Le coût de la reprise

Ce n’est pas tant qu’on ne veut pas, mais c’est qu’on n’a souvent pas les moyens : une maison abandonnée pourrait être gratuite, mais cette gratuité coûte très cher !

L’immobilier en dehors des très grandes villes au Japon, c’est un coût, pas un investissement. La pierre (ou plutôt ici, le bois) perd de sa valeur au fil des années jusqu’à ne plus rien valoir. Dans le cas des maisons abandonnées, il est clair qu’il coûtera beaucoup de les rénover… et puis ici, la culture est plutôt de démolir pour reconstruire du neuf.

L’ancien n’a de valeur que son terrain, et généralement, là où les maisons sont abandonnées, le lieu est plutôt indésirable pour des raisons diverses et variées… …sinon elles n’auraient pas été abandonnées, même au milieu d’une petite ville.

L’attractivité de la ville

On en vient justement à l’emplacement d’une maison. On pourrait se dire qu’une maison abandonnée se retrouve forcément dans un village au beau milieu de la montagne entourée d’ours et de frelons tueurs, il y a en réalité beaucoup de maisons abandonnées dans des petites villes.

La situation est assez particulière au Japon : les entreprises, surtout en province, ont énormément de difficulté à recruter, mais il n’y a pas assez d’habitants pour répondre à l’offre. Paradoxalement, les gens ne veulent pas retourner à la campagne (ou même en province) malgré les emplois qui y sont disponibles.

Les emplois qui recrutent en dehors des grandes villes sont souvent peu intéressants, mais surtout très mal rémunérés. Les salaires proposés suffisent rarement à vivre décemment et sont connus pour ne jamais évoluer, tandis que le coût de la vie lui continue à grimper.

Et puis, il faut dire les choses comme elles sont : se tuer à la tâche à l’usine pour un SMIC ne fait rêver personne.

Le salaire minimum horaire tourne autour de ¥1000~1100/heure, selon la préfecture dans laquelle on se trouve.

Et même si les salaires suivaient, l’infrastructure et les services commencent à manquer cruellement en dehors des grandes villes :

  • Côté transports, on retrouve des lignes de trains à l’abandon, des villes avec deux bus par jour (un aller, un retour) voire aucun, sans taxi, sans rien.
  • Côté santé, on n’est jamais très loin d’un hôpital, mais les services commencent à rétrécir de plus en plus et manquent de place, surtout depuis le COVID.
  • Côté éducation, jusqu’au collège tout va plutôt bien, mais c’est un pays toxiquement compétitif : ne pas se trouver dans un bon lycée réduit les opportunités et les choix d’universités.
  • Côté loisirs… disons qu’il faut aimer la nature…
  • Côté social, c’est encore un autre sujet, puisque les populations sont vieillissantes et les communes sont généralement assez ancrées dans leurs habitudes, les nouveaux arrivants sont parfois mal accueillis voire mal vus… et si on est jeune, ce n’est pas forcément un bon endroit pour développer un réseau.

La mode à la verticale

On répond à un besoin moderne en construisant verticalement plutôt qu’en largeur : les maisons individuelles ne sont plus le standard de l’habitation.

Une maison individuelle coûte cher à maintenir et à construire : entre le chauffage, l’isolation thermique, les canalisations, les nuisibles et le jardin, il faut s’occuper de beaucoup d’éléments. L’appartement facilite beaucoup tout ça, et de toute façon puisque tout le monde est trop fatigué par son travail, c’est mieux d’avoir moins de choses à gérer.

Pas la peine de trop s’inquiéter en plus pour les tremblements de terre, ni les risques incendie puisque les appartements sont souvent construits en béton armé et/ou avec une structure en acier, beaucoup plus solides face aux tremblements de terre qu’une maison traditionnelle.

En plus, les appartements aident à consolider la densité, et plus la population est dense, plus on retrouvera de services, de transports, d’écoles, de gens à rencontrer, de choses à faire.

Après, il est vrai qu’il est moins facile de fonder une famille dans un appartement, mais…

Le problème de la natalité

Au Japon comme dans beaucoup d’autres pays, il existe une crise de la natalité que nous n’expliquerons pas en détail sur ce site (désolé : c’est un mal beaucoup trop profond, et je ne suis pas expert), mais qui peut en partie se justifier par le manque d’espace, d’argent et de temps.

  • Par manque de temps, je parle évidemment des journées de travail qui ne finissent pas : impossible de trouver le temps et l’énergie de fonder une famille ;
  • Le manque d’argent est une autre évidence, lorsque les salaires stagnent depuis 30 ans alors que le coût de la vie ne fait qu’augmenter, on a du mal à se projeter ;
  • Enfin, le manque d’espace, puisque les appartements en grandes villes ne sont pas connus pour être très grands.

De plus, en ville, on a plus de mal à trouver une place en crèche, les infrastructures existent mais sont surchargées, puis les parents n’ont personne qui peuvent les aider à s’occuper de leurs enfants puisqu’ils se sont eux-mêmes éloignés de leur domicile familial, puis le manque de flexibilité pour les congés, et ils n’ont pas fait des années d’études pour tout arrêter au beau milieu…

Bref, toute une liste de raisons pour lesquelles il y a de moins en moins de bébés au Japon !

Personne ne veut récupérer d’akiya alors ?

Si, mais pour chaque akiya repris quelque part, il y a des dizaines de maisons qui sont abandonnées ; la courbe n’est pas prête de s’inverser tout de suite.

Les solutions sont complexes puisque coûteuses : c’est un exode rural continu vers les grandes villes comme Tokyo, puisqu’une fois partis, les jeunes ne reviennent généralement pas dans leur province natale par manque d’opportunités, mais parce qu’il n’y a pas d’opportunités créées par de nouvelles entreprises, le cycle continue…

Bien sûr, sans tomber dans le pessimisme, le gouvernement japonais a des pistes sur lesquelles il travaille, mais peut-être trop peu, trop lentement.

Les repreneurs existent donc bien sûr (comme moi !), mais ce n’est une fois de plus pas le jackpot comme on pourrait le croire. Rien que de regarder la facture de chauffage tous les mois en hiver me donne le vertige…

Soutenez-nous

On ne demande pas de contribution financière aujourd’hui, akiya.fr est gratuit et restera gratuit, mais il a besoin de vous pour voyager. 

Si vous avez aimé ce contenu, apportez votre pierre à l’édifice : parlez-en, et faites parler de nous. Votre soutien est essentiel !

Rejoignez-nous sur Instagram, suivez-nous et envoyez-nous un petit message. Le moindre petit geste nous fera très plaisir et fera une différence.

Notre propos

Loin des villes, près du cœur

akiya.fr
Pourquoi des cookies ?

Ce site utilise des cookies afin de récolter des données analytiques sur le site Internet, comme le temps passé sur une page ou le nombre de pages visitées par visiteur par exemple. Ces données nous aident à améliorer notre site.