L’été est fini : vive l’automne, ses feuilles rouges et sa cuisine ! On est enfin libéré de la dépendance de la clim, plus la peine de tout garder dans le frigo.
… Et tout ça pour se découvrir une nouvelle dépendance au chauffage, qui est peut-être pire, finalement, puisqu’on se les pèle ici. Non, vraiment : on se les pèle.
Avant-propos
Je n’habite pas à Tokyo ou Osaka où le climat y est plus tempéré, ni à Hokkaido où il fait beaucoup plus froid.
Non, je suis dans une zone rurale de la préfecture de Tochigi, à trois heures de route au nord de Tokyo. Ici, pas de gratte-ciels, mais la ville est figée dans le temps par le manque d’investissements et par l’exode rural qui a laissé beaucoup d’akiyas derrière.
On retrouve donc beaucoup de maisons comme celle dans laquelle j’habite : des maisons des années 50-80, souvent pas rénovées depuis leur construction.
Certains exemples extrêmes que je prends ne s’appliquent donc pas aux maisons et appartements récents.
Le problème du chauffage au Japon ? Le chauffage.
Et ben oui, le problème du chauffage, c’est le chauffage, merci, c’était bien nécessaire de le préciser ! Pour illustrer mes propos, à l’heure à laquelle j’ai commencé à écrire (8h30 un matin de novembre), il fait 9°C dans mon coin de chambre qui me sert de bureau :

En fait, je voulais surtout parler du concept de chauffage au Japon, car il est très différent de celui qu’on a en France. Il n’y a pas de chauffage central au Japon, et les radiateurs sont tous mobiles : les maisons ne sont généralement pas conçues pour être chauffées, sauf si on a la chance d’avoir un poêle chez soi… mais là encore revient la question de l’isolation thermique.
On me dira qu’en été ce n’est pas forcément mieux en terme d’isolation thermique, mais la clim’ est presque de série alors que les radiateurs, non : on va essayer de comprendre pourquoi.
Ah oui, j’oublie de préciser. S’il fait 9°C en novembre, je vous assure qu’on tombe dans le négatif en janvier. Oui, oui. A l’intérieur de la maison.
De quel bois on se chauffe au Japon ?
Je ne vais pas parler de plaids, de pulls et de slips à porter en plus qui relèvent de l’évident, mais rassure-toi, on (peut) reste(r) au chaud même dans un akiya quand on a les moyens. Les sous qu’on aura mis de côté lors de l’achat d’une maison abandonnée à trois fois pas cher vont être utilisés ailleurs…
Ce n’est malheureusement pas le cas de tout le monde, mais moi, ça va encore. Pour combien de temps…
Les kotatsu
Derrière ce mot étrange qu’on a surement vu et revu dans les manga et les dessins animés se cache l’ultime technologie hivernale japonaise : un radiateur électrique collé sous la table, couverte de plaids (pour pas que la table n’attrape froid, la pauvre !).
On retrouve généralement le kotatsu dans le washitsu (la pièce traditionnelle japonaise avec des tatami, en opposition aux pièces style occidental youshitsu) et on s’asseoit autour de la table, les jambes au chaud pour regarder la télé, travailler, manger ou faire ses devoirs.
On dit que le kotatsu rend fainéant. C’est à juste titre puisque dans beaucoup de maisons, il s’agit du chauffage le plus efficace, et vu qu’il n’y en a qu’un seul, on a tendance à rester dedans, s’endormir et tomber malade par la suite.

Les radiateurs
Outre les radiateurs collés sous une table, on a des radiateurs mobiles qu’on sort à chaque automne et qu’on range dans un coin chaque printemps. C’est plutôt des radiateurs à ventilation électriques, au gaz ou au fioul qu’on retrouvera, bien qu’il y ait aussi des radiateurs à huile plus classiques.
La consommation d’électricité est assez folle pour ceux qui savent déjà, ce n’est pas un moyen très efficace de chauffer une pièce, encore moins avec tous ces problèmes d’isolation… il faut se souvenir que les maisons ne sont pas conçues pour être chauffées ici, dans le sens où les radiateurs font partie du mobilier.
On trouve des modèles plus ou moins chers selon les besoins, la taille et le design. Ce n’est pas l’achat initial qui coûte le plus cher, mais bien souvent l’énergie derrière.
Le plus gros problème surtout avec ceux au gaz et au fioul, c’est le risque d’incendie. Et dans une maison en bois avec de la paille séchée pour parquet (tatami) et des portes-fenêtres en papier (shōji), c’est le comble absolu.
Les climatiseurs / pompes à chaleur
Ma meilleure amie de l’été : la clim. Les climatiseurs ici font aussi office de pompe à chaleur mais… ce n’est pas très efficace. Lorsque les températures tombent sous 0°C, la pompe à chaleur ne fonctionne presque plus et devient un puits à électricité (d’où mes factures électriques à 200€+ par mois en hiver).
Le problème c’est qu’il reste difficile de s’en passer puisqu’il fait froid et je n’ai pas spécialement envie de mourir d’hypothermie.
Le côté positif c’est que les risques d’incendie sont moindres avec la clim. Ouf.
Le bois / charbon
Pour ceux qui vivent dans des maisons vraiment traditionnelles, on peut y retrouver un foyer qu’on appelle irori (囲炉裏) à l’entrée de la maison, mais c’est rarement utilisé de nos jours, d’une part parce que c’est assez cher de se chauffer au bois surtout lorsque la chaleur n’est pas contenue, et d’autre part pour des risques d’incendie car le feu, ça brûle.

Ces foyers sont maintenant reconvertis tout simplement pour pouvoir y installer une table par exemple, mais on peut encore en trouver assez facilement dans des restaurants qui s’en servent.
Pour les plus chanceux qui ont un poêle intégré, dans des maisons plus modernes, des cabanes de montagne et châlets ou tout simplement parce qu’ils ont décidé de rénover leur maison, on peut se chauffer au bois et au charbon, et c’est généralement conçu pour chauffer toute la maison (ou une grande partie de la maison).
Les kairo
Les kairo (懐炉) ne sont pas des cailleras au masculin, haha.
Non, il s’agit de petits objets bien pratiques pour garder ses mains / ses pieds / son ventre au chaud en hiver.
Certains sont auto-chauffants mais jetables, d’autres sont micro-ondables mais réutilisables… en somme ce sont des chaufferettes.

Les modèles auto-chauffants sont trouvables partout en grande surface et peuvent se coller sur les vêtements, comme des patchs. La chaleur quant à elle est bien sûr la plus forte pendant la première heure, mais le kairo reste chaud pendant quelques heures, jusqu’à 12 heures s’il est positionné sous plusieurs couches de vêtements.
Le yutanpo
Le yutanpo (湯たんぽ) est une bouillotte en plastique, rien de plus, rien de moins.
… Quoi ? Tu ne sais pas ce qu’est une bouillotte ? Mais bon sang, je ne vais pas te faire un dessin quand même… bon, allez, si tu insistes.

Le yutanpo se met sur le lit sous les deux ou trois couches de couettes pour chauffer le lit. C’est beau la technologie. En plein hiver, on ne peut plus dormir sans puisqu’il coûte trop cher de laisser le chauffage allumé la nuit… et aussi qu’il est dangereux de laisser le feu allumé la nuit, non seulement ça ne sent pas très bon, on risque surtout l’empoisonnement.
Finalement, le chauffage passe aussi par les choses que l’on connaît depuis fort longtemps, on n’a pas inventé l’eau chaude mais on aime beaucoup se baigner ici, que ce soit dans des sento (bains publics, plutôt dans des grandes villes) ou des onsen (thermes, un peu partout). Ca aide un peu à tenir contre le froid !
Allez, bonne nuit et maintenant que tu sais comment on galère pour se chauffer au Japon, peut-être que tu comprends mieux pourquoi les maisons sont abandonnées ici…
Reste bien au chaud de là où tu nous lis. Quant à moi, je vais faire un tour dans un onsen pour me réchauffer…