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Fusuma : qu’est-ce que c’est ?

Sommaire

Quand on pousse… ou plutôt, quand on fait glisser pour la première fois la porte d’un akiya, on se rend vite compte qu’effectivement, les portes ne se poussent pas ici. Et elles ne se tirent pas non plus, logique.

Pourquoi je te dis tout ça ? Je me suis emporté, tout simplement.

Le fusuma est l’une de ces portes coulissantes, et dans ces maisons conçues pour être modulables, elles redéfinissent l’espace et la lumière au fil de la journée… en théorie. En pratique, au XXIe siècle, on a un éclairage au bout des doigts.

Cela dit, les maisons traditionnelles sont comme leur nom le laisse penser d’une conception ancienne, et le charme d’avoir un morceau d’histoire chez soi est indéniable. Un peu comme avoir une lampe rétro chez soi alors qu’on peut avoir des RGB à foison…

Le fusuma : la porte qui fait mur

Le fusuma est une porte coulissante opaque utilisée dans l’architecture japonaise traditionnelle pour redéfinir l’espace d’une pièce.

Contrairement aux maisons occidentales, les maisons japonaises anciennes n’ont pas de mur porteur à proprement parler. Les piliers sont porteurs, et les murs sont souvent ces légères portes coulissantes qui permettent de moduler sa maison en fonction des besoins.

On ne s’appuie surtout pas sur les fusumas ! Ce sont des portes extrêmement légères, creuses en leur intérieur. Un rien peut les abîmer : même mon doigt de pied.

Est-ce que je te parle de vécu ? Oui, toujours.

On peut par exemple agrandir une pièce si on veut accueillir des invités, ou au contraire, fermer une pièce si on veut préserver son intimité.

Anatomie d’un fusuma

  • Structure : un cadre en bois léger en treillis, avec un trou généralement rond qui sert de poignée.
  • Revêtement : une ou plusieurs couches de papier résistant, souvent du papier traditionnel japonais (washi), ou parfois du tissu si on veut y mettre le prix, appliquées des deux côtés.
  • Fonctionnalité : ils coulissent sur des rails en bois (le rail supérieur s’appelle kamoi et l’inférieur shikii) et peuvent être facilement retirés entièrement pour fusionner deux pièces.
  • Apparence : ils sont souvent ornés de motifs peints (paysages, nature, calligraphie), ajoutant une touche artistique à la pièce.
Pour enlever un fusuma, il suffit de le faire glisser jusqu’au bout et de le soulever verticalement : le rail supérieur (kamoi) est généralement plus profond sur les bords pour permettre l’installation (et donc l’enlèvement) des fusuma.

Cela dit, c’est plus facile de le faire en hiver qu’en été à cause du bois qui se détend (et gonfle) avec la chaleur !

Les fusuma sont toujours présents dans les constructions modernes car le style japonais reste vendeur, mais les matériaux sont généralement synthétiques pour moins de maintenance. Dans ces maisons-là, les fusumas délimitent l’espace entre le côté « traditionnel » de la maison (une pièce que l’on appelle washitsu, littéralement la « pièce japonaise »), et le côté « moderne » / « occidental » du reste.

Dans les contrées plus rurales comme l’inaka (littéralement campagne) dans laquelle je me trouve, les maisons traditionnelles se trouvent à chaque coin de champ et il est donc très commun d’y retrouver des fusuma ou des shōji.

Petit rappel : Fusuma ou shōji, quelle différence ?

On confond souvent les différentes cloisons japonaises. Avant de se lancer dans les travaux, voici comment les distinguer simplement :

Type de porteOpacitéMatériauxFonction principale
FusumaTotalement opaque Papier épais (ou tissu) sur un cadre en bois léger caché Sépare les pièces, décore l’intérieur ou cache les placards (oshiire).
ShōjiTranslucide Papier fin (washi) posé sur un cadre en bois apparent Laisse entrer la lumière extérieure sans pour autant tout montrer.
ŌdoTranslucideSouvent en aluminium, avec une vitre en verre impriméPorte d’entrée, tout simplement.
À gauche, un shōji, à droite, un fusuma. Facile, non ?

Une hésitation ? On a un guide un peu plus complet à ce sujet !

On remarquera aussi qu’aucune de ces portes ne sert à isoler la maison : qui dit portes coulissantes dit aussi fentes entre ces portes. Si on regarde la photo au-dessus, on voit clairement de la lumière passer entre les deux portes.

On peut calfeutrer ou installer des brosses pour empêcher les courants d’air, mais ça ne sera jamais aussi performant qu’une porte plus standard qui existent bien évidemment au Japon aussi dans des constructions plus modernes.

Dans tous les cas, si l’on veut choisir l’isolation thermique, il faut abandonner ces portes traditionnelles et moderniser avec du double-vitrage… ce n’est pas un choix donné à tout le monde car pour les détenteurs de maisons traditionnelles (comme nous), refaire la structure coûterait beaucoup trop cher. Il y a des solutions à ça, comme du double-vitrage qu’on ajoute comme une couche supplémentaire plutôt que de démolir et refaire.

Et bien sûr, pour ces portes en papier, après quelques années d’inoccupation, la réalité de la campagne japonaise (inaka) nous rappelle aussi que le Japon est un pays très humide. Le papier se jaunit après quelques années, et la porte coince dans son rail car le bois du cadre s’est trop détendu.

Loin d’être un drame, c’est l’occasion parfaite de mettre la main à la pâte… mais comment ?

Rénover ses fusuma : par où commencer ?

Avec plus de 9 millions de maisons abandonnées au Japon, on est nombreux à s’être retrouvés un peu démunis face à des cloisons abîmées, moi inclus.

Si l’achat d’un akiya n’est pas forcément cher, les travaux peuvent vite faire grimper l’addition. Heureusement, restaurer un fusuma est tout à fait faisable soi-même…

1. L’option DIY : remplacer le papier soi-même

C’est la solution la plus économique et la plus gratifiante pour ceux qui peuvent le faire.

  • Le matériel : une petite virée dans un magasin de bricolage local (Komeri ou Cainz par exemple) suffit. Il vous faudra du papier neuf de remplacement, de la colle à base d’amidon (ou du papier thermocollant qui se fixe au fer à repasser, très pratique !).
  • L’art du décollage : c’est l’étape qui teste votre zen. Il faut retirer l’ancien papier proprement, en veillant à ne pas abîmer le treillis en bois caché juste en dessous. Il faut beaucoup de patience…
  • La pose et le marouflage (collage) : Le secret, c’est d’y aller avec délicatesse pour ne pas créer de bulles d’air. La pose du nouveau revêtement demande une nouvelle fois de la patience. Si le papier se gondole lors de l’encollage, il se tendra naturellement en séchant !

2. L’option artisan : faire appel à un tateguya

Parfois, changer le papier ne suffit pas. Si l’humidité a déformé les cadres en bois ou que les portes refusent de glisser, il vaut mieux passer le relais.

C’est le moment de rencontrer le tateguya, l’artisan spécialisé dans les portes et fenêtres japonaises. Faire appel à un professionnel a un coût, mais c’est aussi le cœur de l’expérience d’une rénovation rurale : rencontrer les visages de la région, écouter leurs histoires, et préserver le savoir-faire local.

L’artisan va raboter les rails en bois (le kamoi en haut et le shikii en bas) et ajuster vos portes au millimètre près, difficile de faire mieux que ces spécialistes.

En toute honnêteté, moi, je n’y suis pas arrivé. J’ai fait appel à un artisan pour avoir un résultat propre car je ne voulais vraiment pas vivre avec la honte d’avoir une porte mal refaite chez moi. En plus, certaines étaient endommagées et ne glissaient pas correctement.

À l’époque, ça nous avait coûté à peu près 60 000 yens pour 6 grandes portes et 4 petites portes (pour le placard oshiire)… et on a finalement enlevé les grandes portes quelques années plus tard car on a changé l’usage de nos pièces !
Un akiya qu’on loue localement qui nous sert de base pour coudre. Les fusuma de l’oshiire (placard) ici n’ont pas été remplacé.

Malheureusement, ces artisans se font déjà rares. Dans notre rue, on en a un juste en face de nous mais qui ne prend pas de commande, sauf rares exceptions. Il a fallu qu’on se rende en ville à une trentaine de kilomètres pour en trouver un !

Est-ce qu’on fait plutôt le choix de restaurer son fusuma ou de les enlever ? Comme moi, on peut faire les deux, c’est bien entendu mieux de prévoir pour éviter les postes de dépenses inutiles, mais comme aux akiya, c’est aussi important de se laisser des secondes chances et faire des choses différemment lors d’une rénovation !

Mais bien sûr que non, je ne dis pas ça pour me rassurer et justifier mes investissements…

Allez, bon été sur akiya.fr !

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