Non, les murs ne sont pas en papier… bon, ils sont fins tout comme.
Oui, j’ai des portes (et fenêtres aussi d’ailleurs) en papier chez moi. Oui, ça se troue. Et oui, j’en ai troué. Et non, je n’ai pas tout réparé.
Dans les maisons plus traditionnelles comme l’akiya qu’on a rénové et qu’on habite, on a les fameux couloirs (rouka 廊下) qui font le tour de la maison, et le rouka borde des washitsu (和室, littéralement « pièce japonaise »), des pièces traditionnelles où on retrouvera forcément au moins une porte-fenêtre coulissante.

Un washitsu est une pièce dans laquelle le plancher est en tatami, et contient des espaces de rangement comme des placards (oshiire 押入れ, littéralement « pousser » et « mettre dedans »), le tokonoma (床の間), un endroit où on affiche son bonsaï, une belle calligraphie, des fleurs ou autres objets d’art… ou dans mon cas, c’est là où j’ai mis mon coin ordinateur, et dans celui de mes beaux-parents, un frigo.
Ah, j’oubliais : c’est aussi une pièce pour laquelle on utilise des portes coulissantes. Et oui, on est traditionnel jusqu’au bout. Jusqu’au bout, vraiment ? Peut-être pas tant que ça, en fait…
Un très bref historique des fenêtres au Japon
Non, toutes les fenêtres ne sont pas toutes en papier au Japon, les portes ne sont pas toutes en papier et les murs ne sont pas du tout en papier, bien qu’ils soient parfois fins comme.
En revanche, traditionnellement, on peut dire que oui puisque le verre n’existait pas… un peu comme en Europe d’ailleurs, où les « fenêtres » étaient souvent faites de parchemin ou de toile. Le verre était réservé à la population plus riche à cause de sa disponibilité et surtout de son prix. Le commun des mortels avait donc des portes-fenêtres en bois et en papier ou en toile.
Depuis, ça n’a pas changé. On retrouve toujours ces fameuses portes-fenêtres en papier, mais ce n’est pas parce que le verre n’existe toujours pas. C’est plutôt pour une question de style, de « wa » (d’esprit « japonais » ou de « japonité » à défaut de trouver un meilleur mot) ou en toute candeur parce que ça coûte cher de remplacer.
Dans le cas des maisons construites dans les deux dernières décennies, ceux qui veulent un washitsu le font construire aux standards du XXIe siècle (style dit « wa modern » – japonité + modernité), et on retrouve des matériaux plus récents pour ces portes-fenêtres, comme du plastique, voire du double-vitrage plus rarement.
D’ailleurs, vous saviez qu’il y avait deux mots pour désigner ces portes-fenêtres ? Shōji et fusuma. Quelles différences ?
Le shōji
Les shōji sont dans la plupart des cas utilisés comme portes-fenêtres coulissantes. Une pièce n’est pas « wa » sans shōji, c’est donc un élément essentiel à l’architecture japonaise traditionnelle.
Le cadre est fait de bois de qualité diverse, généralement très léger pour pouvoir les glisser facilement.
Le « vitrage » quant à lui est souvent fait de tissu ou papier traditionnel (washi 和紙, littéralement « papier japonais ») qui bloque le vent, mais laisse passer l’air et la lumière. Ca permet d’éclairer les pièces intérieures qui profitent de la lumière du soleil. En été, il fait plus frais avec l’air qui circule, et pour les maisons chauffées traditionnellement au bois ou au charbon, ça permettait aussi à la fumée d’évacuer et d’éviter l’empoisonnement.
Beaucoup moins poétique, ça a un score DPE proche de Z : non seulement c’est du papier, mais le cadre et la porte sont rarement construits de manière hermétique. Et puis, ça se troue facilement, et un trou ça fait passer encore plus d’air. Je le sais parce que j’ai des shōji troués à la maison que j’ai réparés au scotch et au pladan. Et oui, c’est tout de suite très moche.

Tout ça, c’est sans parler du risque incendie, je ne t’apprends rien, le papier sur du bois, ça brûle, enfin bref !
Pas de problème au-dessous et au-dessus de la porte puisque ce sont des portes coulissantes, en revanche, sur les côtés, on retrouve de sacrés fentes par lesquelles l’air rentre comme chez lui. Le niveau 0 de l’isolation thermique.

Pour pallier ces lacunes, on retrouve de nos jours des « vitrages » plus modernes que du papier :
- Plastique, comme de l’acrylique (solide) ou du polypropylène (effet « tissu ») ;
- Verre en simple vitrage car les shōji sont trop fins et léger pour du double ;
- Moitié verre, moitié papier qu’on appelle yukimi shōji (littéralement « shōji pour voir la neige ») ou tsukimi shōji (littéralement « shōji pour voir la lune ») avec la partie en papier coulissante.

Les tsukimi shōji s’ouvrent par le haut. On en trouve généralement dans les maisons plus luxueuses.
Le fusuma
Les fusuma quant à eux ne servent jamais de portes ni de fenêtres, mais plutôt de cloisons coulissantes au sein d’une maison. A la différence des shōji, ils sont plus épais et surtout opaques et aussi plus chers à réparer.
Dans un akiya, les fusuma sont souvent en piteux état et ont besoin d’être remplacés à défaut d’être retirés complètement.

En termes de similarité aux shōji, les fusuma font généralement la même taille qu’un tatami (91x182cm) bien qu’il en existe de tailles différentes, comme les miens chez moi sur lesquels je me cogne tout le temps qui mesurent 175cm de haut, mais on en trouve maintenant des plus grands à 190cm puisque la taille moyenne au Japon augmente au fil des décennies.
En tant que cloisons, les fusuma séparent deux espaces de vie, pour sectionner un washitsu en deux ou au contraire, créer un espace plus ouvert en combinant les deux pièces.
Contrairement aux shōji, les fusuma ne sont en papier mais en toile ou en carton plus épais, et sont parfois décorés d’une friche ou de motifs.

En revanche, ils sont tout aussi trouables que les shōji. Je le sais très bien parce que j’ai fait un trou dans mes fusuma que j’avais fait fraîchement réparé…
Ca fait partie des choses qui font le charme des bâtiments traditionnels évidemment, mais la tradition est de plus en plus abandonnée et pour de bonnes raisons puisqu’on l’aura bien compris, ce sont des passoires thermiques et en plus de coûter cher à chauffer, le risque incendie est très élevé. Et si les raisons manquaient encore, ça coûte aussi cher à remplacer.
Pour ceux qui font l’aventure d’acheter un akiya comme nous, on n’a pas forcément le choix : ça coûterait trop cher de refaire la charpente qui est conçue pour accueillir ces portes coulissantes, alors on rénove, répare ou on remplace.
Et toi, si tu devais rénover ton akiya, tu penseras à garder tes shōji et fusuma ? Fais attention à ne pas les trouer comme moi…